"Sergio Leone a bâti sa carrière en parodiant le western. Le cinéma épique hongkongais a pompé les tics de Leone. Tarantino fait son beurre en remixant à l’infini les codes des uns et des autres… Au petit jeu du clin d’œil recyclable, le cinéaste coréen Kim Jee-woon a voulu surclasser tout le monde dans un exercice de boulimie référentielle. Il a copieusement puisé dans ce réservoir sans fond pour un film qui se veut baroque et échevelé. Ce n’est pas faux. Il y a effectivement dans le Bon, la Brute, le Cinglétout le corpus d’un cinéma populaire, depuis les héros indestructibles jusqu’à une orgie de duels en gros plans, en passant par des courses poursuites, des explosions et les inévitables passages humoristiques. Seule absence, les femmes, hormis les apparitions d’une cacochyme grand-mère et de deux locataires de bordel.
Dans cet exercice de voltige, le cinéaste a réduit l’intrigue à sa plus simple expression. Dans la Mandchourie du début du XXe siècle, trois aventuriers, une farandole de seconds couteaux au sourire cruel et aux dents gâtées et la quasi-totalité de l’armée japonaise se disputent par tous les moyens la possession d’une carte au trésor. Et c’est parti pour deux heures à bloc durant lesquelles on croise un Alain Delon époque Soleil rouge (Lee Byung-hun), un Glenn Ford période 3h10 for Yuma mâtiné Charles Bronson (Jung Woo-sung), ainsi qu’un Rod Steiger très Il était une fois la révolution (Song Kang-ho).
Si les inconditionnels de l’action y trouveront leur compte, l’écœurement n’est jamais loin. Le film est comme un gâteau à la crème clinquant dont on sait qu’il est trop sucré avant même d’y avoir goûté. Sans réelle surprise, on y tire autant de coups de feu qu’au Chemin des Dames, on y détruit des décors qui ont manifestement coûté cher et l’armée japonaise subit de lourdes pertes. Les survivants, eux, en sortent un brin barbouillés." Bruno ICHER, Libération
"C'est un grand feu d'artifice que propose, pour la période des fêtes, le Coréen Kim Jee-woon. Hommage au western de Sergio Leone, comme son titre l'indique, Le Bon, la Brute et le Cinglé, annoncé comme le film le plus cher de l'histoire de la Corée, reprend la figure du trio cynique de chasseurs de primes engagés dans une sanglante course au trésor. Connu en France pour son film précédent, A Bittersweet Life, le cinéaste substitue au cadre historique de la guerre de Sécession celui de la Mandchourie des années 1930, et en profite pour injecter, dans des plans inspirés de l'esthétique baroque de Leone, une palette de couleurs éclatantes, des combats teintés d'arts martiaux, des explosions formidablement cinégéniques, et des éléments pittoresques (fumerie d'opium, side-car...) qui donnent au film une tonalité proche de la bande-dessinée.
Pas de doute, on en prend plein les yeux, et plein les oreilles. L'auteur profite du chaos qui régnait sur la Mandchourie de l'époque pour construire une intrigue foisonnante d'où surgissent une foultitude de trames secondaires, chacune apportant avec elle son lot de nouveaux personnages, depuis les soldats de l'armée japonaise jusqu'aux grappes de bandits coréens, mongols, russes et chinois." Isabelle REGNIER, Le Monde

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