Collateral, Michael Mann (2004)

[...]"La
musique à dominante blues, mélange de partition originale et de
morceaux préexistants, qui semble flotter par nappes, contribue à créer
cette atmosphère spécifique aux films de Michael Mann où le geste le
plus anodin semble magnifié. Le cinéaste n'a pas son pareil pour
inscrire les corps dans le paysage urbain. Le soin qu'il apporte à ses
cadrages composés avec minutie, fussent-ils filmés caméra
à l'épaule, est devenu légendaire. Il y ajoute un travail inédit sur la
couleur en abandonnant, pour les extérieurs, le 35mm au profit de la
vidéo numérique haute définition sur laquelle il peut agir à la manière
d'un peintre. Considérer Collateral comme un chant d'amour du
réalisateur à sa ville de Los Angeles n'est pas exagéré. Il y montre des
lieux et des atmosphères jamais vus à l'écran, et même trois coyotes à
un feu rouge. Leur apparition insolite repose sur un souvenir du
cinéaste qui assure avoir vu une nuit ces animaux sortis du désert
"traverser posément la rue, comme s'ils étaient les maîtres le ville.
Comme si la civilisation n'était que temporaire et superficielle...""[...]
Philippe Rouyer, La nuit des coyotes, Positif n°524, octobre 2004, p7
[...] Action, discussion, c'est le moteur à deux
temps de ce thriller crépusculaire, largement au-dessus des films
américains actuels. Le talent de Michael Mann (Heat, Révélations, Ali)
n'est plus à démontrer. Il s'impose une fois encore comme l'un des
meilleurs sinon le meilleur outre-Atlantique, celui qui apporte à chaque
genre visité (film noir, biographie, film-dossier) une forme nouvelle
de lyrisme mélancolique. Extrême précision du regard, alternance de
plans courts et longs, confiance dans les acteurs : Collateral n'échappe
pas à la règle et s'imposera comme un nouveau modèle. Briser la glace
du film d'action, apporter un peu d'échange fût-il dérisoire, c'est
contre toute attente l'objectif du réalisateur et de son scénariste
(Stuart Beattie). Un comble quand on sait que Mann a toujours aimé
s'attarder sur ce qui fait écran, même les surfaces transparentes. Elles
abondent ici ce qu'on voit des fenêtres du taxi ou du métro, ces
buildings fuyants de verre sur un ciel changeant, forme un défilé
fascinant d'images irréelles. Mais à l'intérieur, confiné dans
l'habitacle, on évolue dans un autre espace-temps, moins anonyme, où les
masques tombent. Bulle, cocon, confessionnal des temps nomades, le taxi
bichonné par Max est le dernier refuge d'où paradoxalement peut surgir
un peu de consistance et de vérité. [...] Le face-à-face de Max et de Vincent, complices
objectifs et adversaires, renvoie à un motif récurrent du polar
contemporain : celui où flic et tueur, proie et chasseur, se poursuivent
de si près qu'ils se confondent parfois. En découvrant Fanning (Mark
Ruffalo), le seul inspecteur sur la bonne piste, on croit d'abord à un
gangster. Plus tard, lors du morceau de bravoure dans le gigantesque
night-club bombardé de techno où FBI, gardes du corps, flics, mafieux se
pourchassent, il sera bien difficile de s'y retrouver. Max, quant à
lui, devra imiter son tortionnaire pour sauver sa peau, passer de
spectateur impuissant à celui d'acteur. [...]
Frédéric Strauss, Télérama
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