29 février 2012

Collateral, Michael Mann (2004)

  [...]"La musique à dominante blues, mélange de partition originale et de morceaux préexistants, qui semble flotter par nappes, contribue à créer cette atmosphère spécifique aux films de Michael Mann où le geste le plus anodin semble magnifié. Le cinéaste n'a pas son pareil pour inscrire les corps dans le paysage urbain. Le soin qu'il apporte à ses cadrages composés avec minutie, fussent-ils filmés caméra à l'épaule, est devenu légendaire. Il y ajoute un travail inédit sur la couleur en abandonnant, pour les extérieurs, le 35mm au profit de la vidéo numérique haute définition sur laquelle il peut agir à la manière d'un peintre. Considérer Collateral comme un chant d'amour du réalisateur à sa ville de Los Angeles n'est pas exagéré. Il y montre des lieux et des atmosphères jamais vus à l'écran, et même trois coyotes à un feu rouge. Leur apparition insolite repose sur un souvenir du cinéaste qui assure avoir vu une nuit ces animaux sortis du désert "traverser posément la rue, comme s'ils étaient les maîtres le ville. Comme si la civilisation n'était que temporaire et superficielle...""[...]

Philippe Rouyer, La nuit des coyotes, Positif n°524, octobre 2004, p7
 
 
[...] Action, discussion, c'est le moteur à deux temps de ce thriller crépusculaire, largement au-dessus des films américains actuels. Le talent de Michael Mann (Heat, Révélations, Ali) n'est plus à démontrer. Il s'impose une fois encore comme l'un des meilleurs sinon le meilleur outre-Atlantique, celui qui apporte à chaque genre visité (film noir, biographie, film-dossier) une forme nouvelle de lyrisme mélancolique. Extrême précision du regard, alternance de plans courts et longs, confiance dans les acteurs : Collateral n'échappe pas à la règle et s'imposera comme un nouveau modèle. Briser la glace du film d'action, apporter un peu d'échange fût-il dérisoire, c'est contre toute attente l'objectif du réalisateur et de son scénariste (Stuart Beattie). Un comble quand on sait que Mann a toujours aimé s'attarder sur ce qui fait écran, même les surfaces transparentes. Elles abondent ici ­ ce qu'on voit des fenêtres du taxi ou du métro, ces buildings fuyants de verre sur un ciel changeant, forme un défilé fascinant d'images irréelles. Mais à l'intérieur, confiné dans l'habitacle, on évolue dans un autre espace-temps, moins anonyme, où les masques tombent. Bulle, cocon, confessionnal des temps nomades, le taxi bichonné par Max est le dernier refuge d'où paradoxalement peut surgir un peu de consistance et de vérité. [...] Le face-à-face de Max et de Vincent, complices objectifs et adversaires, renvoie à un motif récurrent du polar contemporain : celui où flic et tueur, proie et chasseur, se poursuivent de si près qu'ils se confondent parfois. En découvrant Fanning (Mark Ruffalo), le seul inspecteur sur la bonne piste, on croit d'abord à un gangster. Plus tard, lors du morceau de bravoure dans le gigantesque night-club bombardé de techno où FBI, gardes du corps, flics, mafieux se pourchassent, il sera bien difficile de s'y retrouver. Max, quant à lui, devra imiter son tortionnaire pour sauver sa peau, passer de spectateur impuissant à celui d'acteur. [...]
Frédéric Strauss, Télérama

Critique de Collateral par Yannick Dahan (de 1min50 à 4min30)
 

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